Les courses de vaches landaises

" Ces qualités militaires, nous les retrouvons chez ses compatriotes. Ils aiment la chasse, le sport, les jeux dangereux. Les battues aux sangliers ne sont pas encore abandonnées dans les forêts d'Armagnac; là-bas, vers les Landes, les interminables affûts aux palombes révèlent d'étonnantes ressources de patience et de ruses.

Mais le goût dominant, jusqu'au fond des villages de ce pays, c'est la "course des vaches", qu'il faut bien se garder de confondre avec les sanglantes et les théâtrales corridas.

Ce goût, comme en Espagne, dérive de l'occupation arabe.

Les premiers, pour tromper la longueur des lourds après-midi de canicule, les Maures trièrent dans les troupeaux les bêtes agressives, et développant en elles l'instinct de lutte, ils leurs apprirent à foncer au galop sur eux.

Immobile, comme scellé au sol, l'homme attendait jusqu'au moment où, près à être transpercé, d'un bond, à droite ou à gauche, il évitait la bête qui, emportée par son élan, le dépassait.

C'est ce qui a créé l'écart, demeuré an honneur aux arènes d'Eauze et de Nogaro.

A travers le moyen-âge, où les seigneurs ne dédaignaient pas de descendre dans l'arène, à travers les temps modernes et les deux tiers du siècle dernier, où les hobereaux de l'Armagnac et de la Chalosse élevaient chacun et poussaient au combat un taureau belliqueux, ces jeux se sont conservés jusqu'à nos jours. Seulement, maintenant, le recrutement des bêtes de courses s'opère en Espagne. C'est là que les ganaderos gascons achètent et renouvellent leur bétail. Il est formé de vaches de taille moyenne, fauves ou noires, rapides, endurantes, tout en muscles, d'humeur sauvage et d'une bravoure inouïe.

Les Navarraises sont, dit-on, les meilleures; nourries d'herbe de ravine, âpres et sèches, ou bien de rudes pacages mal rafraîchis par les rares inondations de l'Èbre, elles grandissent et errent en liberté, tour à tour en proie au soleil dévorant et à leur fureur native.

Don José de Lixago, à Pampelune, le comte Espoz à Mina, à Cariquiri, possèdent des ganaderias célèbres par leurs vaches meurtrières.

Contre ces redoutables adversaires qui finissent par connaître toutes les ruses de la courses, les écarteurs n'ont rien à leur disposition : ni cheval, ni cape, ni banderilles, ni espada, ni pique, ni muleta; rien que leur petit béret pyrénéen. Aussi, pour empêcher que la vache s'acharne sur eux, on lui attache entre les cornes une longue laisse que tient un vigoureux personnage appelé le teneur de corde. Il est chargé de l'arrêt au moment dangereux. Il n'y réussi pas toujours.

En Armagnac, en Astarac, dans le Marensin et la Chalosse, la plupart des villes de quelques importances ont des arènes de madriers et de planches; tous les villages en improvisent avec des charrettes et des palissades au hasard de leurs balloches ou de leurs fêtes votives. Dès l'enfance, les gamins se passionnent pour ces jeux violents et pleins de risques; sur tous les mails, les jeudis et les dimanches, il y en a une troupe, qui, tour à tour, s'attachent au front des cornes de bois et s'habituent aux écarts les plus hasardeux, comme leurs grands aînés, les hommes des "cuadrilles".Ne vous laissez pas leurrer par le souvenir somptueux de la corrida espagnole; ici vous vous trouvez en présence d'un effort humain plus intelligent, plus fin que celui du picador ou même du matador. Songez que les vaches ne sont pas estoquées à l'issue de la course; peu à peu elles s'habituent aux feintes de l'écarteur, elles rusent avec lui. Beaucoup plus adroites que les taureaux qui foncent brutalement sur l'obstacle, il y en a qui, partant à toute allure, se mettent ensuite à serpenter, et arrivent en zig-zag sur l'homme. Troublé dans sa préparation, neuf fois sur dix, ce dernier est pris; il est culbuté, déchiré ou éventré, car ceci, très souvent, ne se termine pas par de simples écorchures.
On connaît des vaches qui ont un tableau de victimes à leur actif. On ne leur en veut pas, d'ailleurs: elles sont entourées d'une espèce de gloire sanguinaire.

Cela ne décourage pas les écarteurs. Culottés de blanc, le torse sanglé de la large ceinture et vêtus de la courte veste, ils provoquent leurs persistantes adversaires, les trompent, puis s'élancent au-dessus d'elles, multiplient les feintes et les sauts périlleux. j'en ai vu bondir les deux pieds étroitement serrés dans leur béret !

Et que l'on ne considère pas la corde qui lie la bête comme une grande sauvegarde : elle constitue, au contraire, un danger de plus, car, la plupart du temps, après que l'homme a évité la vache, il faut que, prestement, il saute la corde qui traîne, sinon il bronche, tombe, et son ennemie, faisant volte-face, fonce immédiatement sur lui.

..Écarteurs, chasseurs de sangliers ou d'isards, traqueurs de palombes, tels sont demeurés les Gascons. Ils ont gardé leurs brillantes qualités de force, d'endurance, de courage. Ils les ont montrées pendant la grande guerre, et ensuite, jusqu'aux exploits de Pelletier d'Oisy. "

dans la collection "coins de France" Lanore éditeur 1936 : La Gascogne par Armand Praviel

Il est vrai que pour une vache landaise de grande caste, cela est assez frustrant. Cet homme (l'écarteur ou le sauteur) placé au centre de l'arène, commence par l'irriter avec force gestes et des cris. La vache puissante, courageuse et volontaire se rue alors vers lui à plus de 40 km/h. Et tout cela pour .... pour que cet homme puisse faire le beau devant un jury ! Devant sa corne menaçante (munie de tampon pour éviter les coups meurtriers) l'homme a esquivé par un écart ou un saut. La vache, peut-être vexée, en ressortira bien vivante.

Dans ce sport, aucune mise à mort.

L'écart est généralement extérieur, c'est à dire du côté opposé au tireur de corde, laissant à ce dernier la possibilité de modifier légèrement la trajectoire de la bête.

Les sauts sont de plusieurs types :

- le saut à pieds joints (parfois emprisonnés dans un béret)

- le saut à la course, le sauteur allant à la rencontre de l'animal

- le saut périlleux

- le saut de l'ange....

Pour en savoir plus : http://www.courselandaise.org/course.php